Edito de notre dernier journal

Toute notre solidarité avec le personnel soignant !
…Un monde insensé « qui produit la richesse en créant la misère » (Victor Hugo)

Face à l’épidémie de coronavirus, nous ne pouvons que manifester notre totale solidarité avec le personnel soignant qui durant des mois travaille dans des conditions inadmissibles, ceci par manque de moyens de protection. Oui nous partageons les paroles de Pierre Juvin, chef du service des urgences à l’hôpital Georges Pompidou à Paris qui a jugé que la France est « un pays sous-développé en matière de santé, car elle n’est pas capable de donner un masque à ses soignants. »


Il faut le savoir, ce manque de masques est le résultat de choix politiques. Le stock de masque FFP2 a été sacrifié sur l’autel de la rigueur. En 2010 la France disposait d’1 milliard de masques chirurgicaux et 600 millions de masques FFP2. Au début des années 2010, le pays a jugé qu’il n’était plus nécessaire de garder ces stocks. Oui pour économiser 15 millions d’euros, l’administration a supprimé la ligne de renouvellement des stocks. La France a affronté le début de la vague Covid-19 avec un stock nul en FFP2 et à peine 150 millions de masques chirurgicaux. Un scandale !


Scandale dans la recherche ! Alors que les chercheurs en l’occurrence Bruno Canard, directeur de recherche du CNRS à Aix-Marseille, ont révélé que leurs travaux engagés dès 2003 auraient permis d’identifier plus tôt les mécanismes du virus et donc de préparer les moyens de le combattre efficacement… Mais austérité oblige, ces recherches ont été abandonnées.


L’extension rapide du coronavirus comme le nombre de victimes mettent en accusation les gouvernements maastrichtiens successifs (Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron) et la Commission européenne qui, depuis des années, attaquent les systèmes de santé publique, nos conquêtes sociales, au nom des dictatoriales directives européennes préconisant la « maîtrise des dépenses de santé. » Ils devront un jour rendre des comptes aux personnes, aux familles touchées par cette maladie.


112.303 lits d’hôpital ont été supprimés en vingt ans !!!


Faute de places suffisantes en réanimation, des soignants dans les zones les plus touchées par l’épidémie confient avoir renoncé à intuber des patients de 70 ans, déjà malades. « Oui, on commence à trier les patients. ». Nous sommes en pleine barbarie !!!
Le chaos actuel au niveau mondial est bien celui du système capitaliste* avec lequel il faut rompre.
* Ouvrage recommandé de Jean Ziegler, éminent sociologue suisse :

« le capitalisme expliqué à ma petite fille en espérant qu’elle en verra la fin ».


Nous publions l’éditorial du journal : la Tribune des Travailleurs qui résume bien la situation et les responsabilités.


« Producteurs, sauvons-nous nous-mêmes »


Il y a les discours. Et puis, il y a la vraie vie.


Lundi 16 mars au soir, discours solennel de Macron qui prononce sept fois le mot « guerre ».


Mardi 17 au matin, dans une usine Alstom : « Les employés ne pouvant pas faire du travail à domicile se sentent en insécurité permanente sur le site. Ils s’aperçoivent que les mesures écrites pour éviter les contaminations ne sont pas appliquées. Ils témoignent : pas de gel disponible dans les ateliers, pas de masques, pas de nettoyage des poignées de porte, fontaines à eau, machines à café, WC, outillage difficile à nettoyer.

 

Ensuite, les pointssuivants demandent une gestion et une communication : le cas des personnels en suspicion de contamination, deux cas à l’atelier électrique, la distance difficile à respecter pour continuer à produire, mise en place de séparateurs avec des cartons, est-ce suffisant ? personnes à risque non gérées par l’entreprise. Comment s’assure-t-on que toutes les personnes identifiées par le service médical ont bien été isolées du risque ; l’accueil doit-il rester ouvert en plus du poste de garde ? » (rapport de délégués à la commission santé, sécurité et conditions de travail, CSSCT).


Certes, le virus ne connaît pas les différences de classe. Mais nous ne sommes pas tous égaux face au virus. Nous ne sommes pas tous à égalité engagés dans une même guerre, contrairement à ce que prétend Macron.


Il y a ces ouvriers à qui on dit : pour vous, pas de travail à domicile car il faut assurer la production. Il y a ces caissières des grandes surfaces qui, en pleine pandémie, travaillent sans masque ni protection, au contact d’une clientèle nombreuse. Il y a ces travailleurs reconnus par leur médecin traitant comme fortement suspects d’être atteints par le coronavirus, renvoyés sur un service infectiologie de l’hôpital voisin qui, saturé, les renvoie aux urgences, lesquelles, elles aussi saturées, les renvoient au 15 auquel ils s’étaient déjà adressés la veille et qui les avait renvoyés au médecin traitant, qui lui-même, etc. Histoire sans fin. Mais aussi histoire sans test de dépistage, sans masque, sans traitement, hormis : paracétamol (dont la vente est restreinte à partir de ce mardi 17 mars) et « lavez-vous les mains »…


Pendant ce temps, au moindre rhume, ministres, députés et patrons se font dépister et prendre en charge. « Selon que vous serez puissant ou misérable », écrivait naguère un certain Jean de La Fontaine…


De partout montent de légitimes accusations. Comment est-il possible que la cinquième puissance industrielle du monde manque à ce point de lits d’hôpitaux, notamment dans les services des urgences ? Qui osera nier que c’est le résultat des politiques d’austérité qui, depuis des décennies, détruisent l’hôpital public (politiques poursuivies par Macron dont les postures vertueuses et moralisatrices ne font pas oublier que son gouvernement a, à lui seul, inscrit à son tableau de chasse la suppression de 15 000 à 20 000 lits d’hôpitaux) ? Et puis, comment est-il possible que la cinquième puissance industrielle du monde manque à ce point de tests alors que dans certains pays, comme l’Allemagne ou l’Australie, ils sont généralisés et appliqués systématiquement ? Comment se fait-il qu’un pays comme la France, qui produit les armes les plus sophistiquées, ne soit pas capable de mettre en place un système de production de masques en masse ?


Alors oui, les grands discours sont une chose, mais la vraie vie est tout autre.


« Mais il faut bien les appliquer, ces mesures de confinement, non ? », nous demande-t-on parfois. Sans aucun doute, puisque la plupart des spécialistes s’accordent à considérer qu’à ce stade de l’épidémie, c’est le moyen le plus efficace pour en ralentir la progression et ainsi éviter l’explosion totale d’un système hospitalier sursaturé avec les conséquences tragiques qu’on imagine. Mais cela exonère-t-il la responsabilité de ceux dont la politique a préparé cette catastrophe ? Cela exonère-t-il la responsabilité de ceux qui persistent à ne pas prendre les mesures qui s’imposent, par exemple la mise sous contrôle de l’État d’un appareil de production entièrement dédié aux moyens nécessaires à sauver la population ? Cela exonère-t-il la responsabilité de ceux qui promettent déjà d’indemniser les patrons, mais ne prennent aucun engagement pour interdire les monstrueux plans de suppressions d’emplois déjà annoncés dans l’automobile, l’aéronautique, les banques, etc. ?


Dans les grèves et initiatives qu’ils multiplient face à la crise, les travailleurs expriment leur méfiance concernant la capacité (et la volonté réelle) des patrons et du gouvernement de les protéger.


Dans les grands discours de Macron sur l’« union nationale », ils entendent l’écho des plus grands coups qui se préparent. Les actions qu’ils engagent pour exiger et obtenir d’indispensables mesures de protection font écho aux fières paroles du chant des travailleurs du monde entier, L’Internationale : « Il n’est pas de sauveur suprême, ni Dieu, ni César, ni tribun, Producteurs sauvons-nous nous-mêmes ».

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